08 octobre 2008

Frissons à Tuol Sleng

Tuol Sleng, c’est le nom d’une prison tristement célèbre du temps des khmers rouges. Entourée d’une double muraille de tôles ondulées surmontées de barbelés électrifiés. Aucun prisonnier n’a pu s’en échapper.

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Rappelez-vous 1975 : « Phnom Penh libéré » titrent les journaux en France... Mais les libérateurs révèlent rapidement leur idéologie mortifère : 1,7 à 2 millions de khmers vont trouver la mort (sur une population de 7,5 millions). La capitale est complètement vidée de ses habitants en trois jours et déportés dans les rizières pour être rééduqués par le travail de la terre. Les intellectuels et fonctionnaires sont envoyés dans des villages "spéciaux". Tout porteur de lunettes était considéré comme suspect !
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Les familles sont volontairement séparées, les enfants embrigadés dans des « écoles » : les enfants appartiennent à l’Angkar, l’organisation suprême des Khmers rouges. L’Angkar impose aux cambodgiens de changer de nom. A l’école, l’instruction est remplacée par l’apprentissage de danses révolutionnaires. Les mariages sont souvent prononcés au hasard entre deux files d’hommes et de femmes. Beaucoup de khmers mourront d’épuisement et de faim à repiquer le riz, labourer à la place des bœufs, défricher ou ériger des digues, comme Mgr Chmar Salas, l’évêque de Phnom Penh. La « rééducation » consistait en un travail harassant, quasiment pas de nourriture et une surveillance mutuelle constante avec dénonciations, brimades et punitions. "Jai faim mais je remercie l'Angkar de fortifier ma capacité de résistance physique"...
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Tuol Sleng était autrefois un lycée d’excellence construit par les français. Il fut transformé en centre de détention et de torture dénommé S-21. Un film coproduit par Arte montre des témoignages saisissants : quelques rescapés de Tuol Sleng retrouvent leurs bourreaux dans les lieux désormais quasiment vides. Les prisonniers racontent l’enfer, les tortures horribles, les humiliations, les conditions de vie inhumaines, le pire de ce que peut produire l’imagination… une torture terrible. Les salles de classe du rez-de-chaussée et du premier étage étaient divisées en petite cellule tandis que celles du deuxième étage étaient destinées à la détention commune.
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Certaines salles étaient réservées aux proches collaborateurs, des ministres de Pol Pot tombés en disgrâce. Attachés à leur lit, ils mourraient à petit feu. Certains ont été égorgés juste avant la libération de Phnom Penh. Des photos éloquentes montrent leur état de délabrement physique.
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Les gardes avaient seize ou dix-sept ans seulement, embrigadés par l’Angkar. « Ne te pose pas de question, s’il est fait prisonnier, c’est que l’Angkar a de bonnes raisons », « le prisonnier doit dénoncer les ennemis de l’Angkar ». Pour le documentaire de Arte, les anciens khmers rouges ont accepté de décrire leur mission d’autrefois. On les voit donner des ordres aux détenus imaginaires, faire leur tour de garde, exécuter les tortures, séparer les mères de leurs enfans. Trente ans après, ils formulent les même mots, rudes, les mêmes expressions ! sans remords, encore complètement embrigadés : « L’Angkar a toujours raison ». Certains avancent cependant être victimes de ces écoles tenues par les Khmers rouges où on apprenait à tuer et haïr sa propre famille. « Si ton père, ta mère ou tes frères doivent être exécutés, l’Angkar a de bonnes raisons de le vouloir. Tue-les ».
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Paysans, ouvriers, techniciens et surtout ingénieurs, médecins, professeurs, militaires, diplomates ont été exterminés, avec leurs femmes et leurs enfants ! (pour éviter la vengeance et laminer l’intelligentsia « bourgeoise »). Avant de mourir, les victimes devaient dénoncer les ennemis de l’Angkar sous la torture. C’est ainsi que de nombreux détenus, à bout, ont dénoncé à tort toutes les personnes de leur connaissance : leur propre famille, leurs voisins, leurs amis. Ces derniers étaient à leur tour emprisonnés et devaient dénoncer…
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Les khmers rouges exécutaient ensuite leurs victimes, sur place ou à une quinzaine de kilomètres de Phnom Penh, dans le village de Choeng Ek où demeurent aujourd’hui les fosses communes. Ils n’utilisaient pas d’arme à feu pour économiser les balles. Ils tuaient à coup de crosse ou égorgeaient.
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Les détenus étaient photographiés systématiquement à leur arrivée au cas où ils s’échapperaient. Et le responsable du centre S-21, Douch, un ancien instituteur, était un maniaque des dossiers administratifs : 20.000 au total. Aujourd’hui, il est en prison et devrait être jugé par le Tribunal International pour les Khmers rouges.
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Toujours est-il que les khmers eux-mêmes s’interrogent comment le pays a pu participer à ce génocide de près de 2 millions des leurs. Ils restent aujourd’hui des conséquences profondes de cette violence et de cette mémoire meurtrie. Toute la génération des 40-50 ans, souvent murée dans le silence, a été frappée de plein fouet : pas d’école, pas d’instruction, pas de famille, parfois pas de métier… et une enfance extrêmement rude parsemée de deuils, de peur et d’horreurs. 
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Le tribunal pénal international peine à trouver son rythme. Aucune victime n’a encore été jugée. N’oublions pas qu’il y a encore partout des anciens khmers rouges qui n’ont pas intérêt à éclaircir le passé, à commencer peut-être par le gouvernement ? Beaucoup de questions demeurent : pourquoi la communauté internationale n’a pas réagi alors qu’elle savait, en France, aux Etats-Unis ?

Rappelons le contexte de cette époque, la guerre du Vietnam, les conflits avec la Chine, la guerre froide avec l’URSS, etc… Pourquoi les khmers rouges ont-ils été autorisés à siéger officiellement à l’ONU ? Ironie de l’histoire, ce sont aujourd’hui les Nations Unies qui ont mis en place le tribunal… Il ne faut pas oublier non plus que Khieu Sampan, Ieng Sary, Son Sen, Saloth Sâr connu sous le nom de Pol Pot (POLitique POTentielle…) ont été formés en France, étudiants dans les années 50, initiés au marxisme dans l’hexagone !

Autre question, personnelle : Tuol Sleng, le musée du génocide, est emblématique mais il n’y a eu là que 20.000 détenus. On fait si peu mémoire des quasi 2 autres millions. Pourquoi ? Où ? comment ?

Pour ceux qui veulent souffler un peu, avec la Parole de Dieu...

Psaume 141

2 A pleine voix, je crie vers le Seigneur !
 A pleine voix, je supplie le Seigneur !
3 Je répands devant lui ma plainte,
 devant lui, je dis ma détresse.

4 Lorsque le souffle me manque,
 toi, tu sais mon chemin. *
 Sur le sentier où j’avance,
 un piège m’est tendu.

5 Regarde à mes côtés, et vois :
 personne qui me connaisse ! *
 Pour moi, il n’est plus de refuge :
 personne qui pense à moi !

6 J’ai crié vers toi, Seigneur ! *
 J’ai dit : « Tu es mon abri,
 ma part, sur la terre des vivants. »

7 Sois attentif à mes appels :
 je suis réduit à rien ; *
 délivre-moi de ceux qui me poursuivent :
 ils sont plus forts que moi.

8 Tire-moi de la prison où je suis,
 que je rende grâce à ton nom. *
 Autour de moi, les justes feront cercle
 pour le bien que tu m’as fait.

03 octobre 2008

Prière pour ceux qui ne sont plus là...

Depuis Phnom Penh, le jour de Pchum Ben, à l'Eglise, nous avons prié pour ceux qui sont morts ces dernières années. Nous avons inscrits sur des petits papiers le nom des défunts qui nous sont chers, grand-mère et grands-pères, tante et grande tante, amis et bien sûr notre petite fille Amandine... Tous ces petits papiers écrits par les paroissiens ont été accrochés à des piques, placé sur un même fruit et portés en procession jusqu'à l'autel à la fin de la messe.

Nous avons été très heureux de recevoir au même moment des photos de la tombe d'Amandine... son petit jardin bien entretenu fidèlement par les mains affectueuses des grands-parents et amis. Merci !

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Merci à Bon papa d'avoir reverni cette jolie croix. Cela fait six ans déjà que cette vie furtive irrigue notre aventure terrestre... et fleurit notre existence.
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Ces derniers jours, les enfants ont trouvé à la médiathèque française ici à Phnom Penh un très joli livre qui s'intitutle "Petit lapin Hop là" qui aborde la mort avec beaucoup de simplicité et d'attention. Un livre que Marion avait découvert avec Vincent Vergone, ami artiste, à la Mirabellia en France. Nous vous le recommandons, et pas seulement pour des occasions tragiques...
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Après tout, pourquoi ne parler de la mort que quand nous y sommes acculés ?
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Le texte qui accompagne ces images est très sobre, sans être surchagé d'affect ou de pseudopsychochose. Bref très juste.
Tout cela pour vous dire que c'est bien notre famille dans son ensemble qui vit et se laisse transformer par ce temps de volontariat...

01 octobre 2008

Pchum Ben

Pchum Ben (prononcer pchoum bène) est la "fête des morts", la fête la plus importante pour tous les cambodgiens avec quatre jours fériés (sur une bonne vingtaine dans l'année) !

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Selon la tradition bouddhiste, les morts reviennent de leur séjour pour chercher à manger dans les pagodes. Les familles viennent donc faire des offrandes de nourriture à leur intention dans les pagodes et obtenir ainsi leur protection durant cette vie.

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Les âmes malheureuses ou mauvaises iraient donc de pagode en pagode et ne sont soulagées que par les offrandes qui leur sont faites. Les moines bouddhistes jouent le rôle d'intermédiaire. Si les défunts ne trouvent pas à manger, leur colère se tournerait vers leur famille et ils se vengeraient de l'ingratitude de leurs descendants. C'est donc en famille que l'on se rend à la pagode, surtout le jour de Pchum Ben proprement dit (c'était dimanche). Beaucoup retournent à la campagne, du coup les rues de la ville étaient quelque peu désertes...
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Les catholiques au Cambodge fêtent la Toussaint le dimanche qui précède Tchum Ben, et prient pour leurs défunts en amenant également des offrandes de nourriture à l'Eglise. La fête de la Toussaint est donc anticipée selon une autorisation spéciale du Saint-Siège.
Lors de cette fête, comme toute l'année, des bouddhistes cambodgiens peuvent aussi libérer des animaux comme des oiseaux ou des tortues : geste kharmique positif qui sera comptabilisé comme un mérite.
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Mon professeur de khmer Somona a été surpris d'apprendre que tout le monde ne fêtaît pas la Toussaint en France : "Et ils ont des problèmes après ?" Les morts en France sont-ils moins rancunier ?... Je lui ai expliqué que dans la religion catholique, la liberté de l'homme était très importante. Donc que chacun était libre de fêter ou non la Toussaint et de prier le "jour des morts". Il m'a répondu que cela n'avait aucun rapport... Pas facile de se comprendre quand les conceptions sont complètement différentes. Demeure la question du lien ou de la relation que l'on entretient avec les défunts...

Marion